Fouilles archéologiques

fouille sépulture

Dans le cadre des travaux préparatoires de la ligne 2 du tramway de l’agglomération niçoise, des fouilles archéologiques ont été effectuées entre 2015 et 2017.
Bilan de ces recherches qui renseignent les grandes étapes de l’histoire de la ville !

7 000 ans d’histoire sur le passage du tramway

Réalisées à l’emplacement et aux abords de la future station souterraine Garibaldi-Le Château (caserne Filley et rue Ségurane), les recherches ont permis de suivre l’évolution de l’occupation du piémont nord-oriental de la colline du Château (Puy Saint-Martin ou Camas soutran) sur près de sept millénaires, de sa première fréquentation au Néolithique jusqu’à son intégration progressive à l’espace urbain à partir de la fin du Moyen Âge.

Plan général simplifié des vestiges mis au jour lors de la fouille.

Plan général simplifié des vestiges mis au jour lors de la fouille.

 

Les premiers indices d’occupations au Néolithique et à l’âge du Bronze

Les plus anciennes traces d’une fréquentation du site par l’homme ont été datées du Néolithique moyen (Ve millénaire avant J.-C.). Il s’agit d’une fosse profondément enfouie sous la rue Ségurane et d’un amas caillouteux sur la pente du Puy Saint-Martin. Bien que d’interprétation difficile, ces vestiges attestent une occupation du piémont nord de la colline du Château faisant écho à celle déjà connue de la colline de Cimiez (villa Giribaldi).

Pour l’extrême fin de l’âge du Bronze (IXe siècle av. J.-C.), un fossé mis au jour sous le croisement rue Sincaire / rue Ségurane est un témoignage de plus concernant cette période déjà bien représentée sur la colline du Château (secteur de la cathédrale et grotte sud-orientale).

 

La nécropole antique

Déjà utilisé en tant qu’espace funéraire dès le début de l’âge du Fer (VIIe ou VIe siècle av. J.-C.), comme l’atteste une sépulture à crémation secondaire mise au jour lors des reconnaissances préalables à la fouille, le Puy Saint-Martin accueille, entre le IIIe ou IIe siècle av. J.-C. et le Ve siècle ap. J.-C., ce qu’il convient sans doute d’interpréter comme la nécropole de l’antique Nikaia. Dans l’emprise de la fouille, dix-sept sépultures témoignent de cette fonction sépulcrale pluriséculaire. Environ la moitié d’entre elles ont ainsi pu être datées des IIe et Ier siècles av. J.-C., l’autre moitié renvoyant quant à elle au Bas-Empire romain (v. 250-350 ap. J.-C.).

Par la pratique du bi-ritualisme (inhumations et crémations), par l’architecture des tombes surmontées d’un cairn de pierres comme par la nature et la sobriété du mobilier d’accompagnement (quelques vases à onguents, des coquillages, une médaille, une fibule), le premier groupe peut être rattaché à la tradition hellénique, avec des comparaisons à Marseille et à Agde. Il constitue les premières traces tangibles de la présence des Grecs de Marseille à Nice.

Le second groupe de sépultures se distingue du précédent par le recours exclusif à l’inhumation en fosse simple dotée d’une couverture de tuiles plates à rebords (tegulae). Une grande homogénéité se dégage de cet ensemble avec des défunts presque tous orientés la tête au sud-ouest et des tombes régulièrement espacées. Aucun mobilier n’accompagne en outre ces sépultures qui témoignent de l’évolution des pratiques funéraires entre le début et la fin de l’Antiquité.

Sépultures à inhumation de la période hellénistique (A) et du Bas-Empire romain (B).

Sépultures à inhumation de la période hellénistique (A) et du Bas-Empire romain (B).

 

Un établissement d’époque romaine au pied de la colline du Château

En contrebas de la nécropole, la fouille de la rue Ségurane a permis de mettre en évidence un réseau de murs et de structures en creux très érodés appartenant à un édifice installé en pied de pente et bordé à l’ouest par un axe de circulation gravissant la pente orientale du Puy Saint-Martin. Le mobilier céramique associé à cet ensemble témoigne d’une longue durée d’utilisation (Ier-VIe siècles ap. J.-C..).

À une vingtaine de mètres au sud, ont en outre été mis au jour l’alandier et la chambre de chauffe parfaitement conservés d’un four de tuilier et/ou de potier dont la dernière utilisation a été datée par archéomagnétisme entre la fin du Ier siècle et la première moitié du IIe siècle.

Ces diverses structures d’époque romaine appartiennent vraisemblablement à un ensemble plus vaste possiblement dédié à l’exploitation agricole (ferme ou petite villa). Les analyses effectuées sur les charbons de bois et les graines prélevés à la fouille suggèrent en effet la présence de cultures d’oliviers et de vignes dans le secteur au cours de l’Antiquité.

Four de tuilier / potier d’époque romaine (Ier-IIe siècle).

Four de tuilier / potier d’époque romaine (Ier-IIe siècle).

 

L’intégration urbaine du Puy Saint-Martin et l’évolution des fortifications du front nord-oriental

Après une longue période (VIe-XIIIe siècles) où le versant oriental du Puy Saint-Martin semble avoir perdu sa fonction funéraire et avoir été exploité à des fins strictement agricoles, l’espace est concerné, à partir du XIVe siècle, par l’extension progressive des fortifications urbaines dont on peut suivre phase après phase l’évolution. La majeure partie de la zone fouillée est alors intégrée à l’espace urbain dont la séparation avec l’espace rural est matérialisée, dans un premier temps, par un mur de courtine d’orientation nord-sud et par son retour vers l’ouest. Au sud, une poterne dotée d’un pont-levis enjambant un petit fossé permettait d’accéder à la ville. Une première modernisation intervient au XVe siècle avec l’érection de la puissante tour Cinq Caïre, de plan pentagonal. Cette dernière, dont le talus était conservé sur plus de 4 m de haut (les parements et les chaînages d’angle de la tour ont été déposés en vue d’un remontage partiel au sein de la future station Garibaldi-Le Château), est venue s’appuyer sur l’angle de la courtine. Au début du XVIe siècle, le dispositif est renforcé par la mise en place d’un mur formant glacis appuyé sur la face méridionale de la tour, doublant le mur de courtine et le prolongeant au sud. C’est ainsi configurées que les fortifications niçoises subiront le siège franco-ottoman de 1543 et c’est à cet endroit que s’illustra, dit-on, la figure semi-légendaire de Catherine Ségurane. Enfin, dans la seconde moitié du XVIe siècle, le système défensif est parachevé avec la construction d’un bastion qui incorpore dans sa masse l’ancienne tour (dont il reprend le plan et le nom) et une partie de la muraille médiévale. Doublé d’un fossé humide et associé à un chemin couvert au sud, cet ouvrage sera démantelé en 1706 comme le reste des fortifications niçoises.

Réseau des fortifications médiévales et modernes

Réseau des fortifications médiévales et modernes.

Vue de la partie supérieure du talus de la tour Cinq Caïre (XVe siècle) ; à gauche, le glacis de la première moitié du XVIe siècle.

Vue de la partie supérieure du talus de la tour Cinq Caïre (XVe siècle) ; à gauche, le glacis de la première moitié du XVIe siècle.

 

L’espace extra muros a livré peu de vestiges antérieurs aux évènements militaires de la fin du XVIIe siècle, mais, à l’extrême sud de la fouille, la mise en évidence, sous l’actuelle chaussée de la rue Ségurane, d’une succession de niveaux de circulation, dont le plus ancien pourrait remonter à la fin du Moyen Âge, démontre la pérennité de l’axe viaire longeant à l’est la colline du Château. Les éléments témoignant directement des sièges de 1691 et 1706 sont en revanche bien identifiables, qu’il s’agisse de boulets de canons de divers calibres découverts au pied des fortifications ou bien d’une imposante sape ayant percuté le mur à glacis.

À l’intérieur des fortifications, dans la ville, la fouille de la caserne Filley a révélé la présence d’un îlot urbain dont l’état le plus ancien pourrait remonter au XIVe siècle et qui perdure, après plusieurs transformations, jusqu’au début du XVIIIe siècle. Immédiatement au sud d’un chemin bordant l’îlot et reprenant le tracé de l’axe antique, a été mise au jour une nappe d’origine détritique constituée en très grande majorité d’ossements d’équidés. L’association des restes osseux avec de la céramique permet de dater la mise en place de ce dépôt dans la seconde moitié du XVIe siècle. L’importante quantité d’ossements (plus de 5 000 fragments sur 35 m²) évoque les dépotoirs des équarisseurs situés le plus souvent en périphérie des villes comme c’est ici le cas.

Squelette céphalique d’équidé (seconde moitié du XVIe siècle).

Squelette céphalique d’équidé (seconde moitié du XVIe siècle).

 

Des sépultures énigmatiques

 

Sépultures multiples d’époque moderne (XVIIe ou XVIIIe siècle).

Sépultures multiples d’époque moderne (XVIIe ou XVIIIe siècle).

Enfin, la mise au jour, à l’extérieur et au pied des remparts, d’un vaste espace funéraire caractérisé par la présence conjointe de sépultures à inhumation individuelles et multiples en fosses simples constitue sans doute la découverte la plus inattendue. Sur les soixante-et-onze individus fouillés, quatre ont fait l’objet de datations au radiocarbone ne permettant de les attribuer qu’à un large intervalle compris entre le milieu du XVIIe siècle et la fin du XVIIIe siècle. Se pose ainsi la question de la raison d’être de cet espace funéraire qui, sous bien des aspects, possède les caractéristiques d’un contexte de sépultures de catastrophe. Doit-on le mettre en relation avec un évènement militaire (sièges des Français, évènements de la période révolutionnaire) ou bien témoigne-t-il d’une catastrophe sanitaire ? Aucun document d’archive ne permet actuellement de trancher et il faudra attendre l’achèvement de l’analyse biologique des squelettes pour espérer disposer d’éléments d’interprétation plus solides.